 Nuit des sages – Messe d’ouverture Cathédrale de Sion, 19 septembre 2008 Homélie de Mgr Norbert Brunner Textes du Ve 24ème sem ord : 1 Co 15, 12-20 ; Lc 8, 1-3 « Jeune ami, Dieu et son peuple attendent beaucoup de toi, car tu portes en toi le don suprême du Père : l’Esprit de Jésus. » C’est ce court message que le Pape Benoît XVI a envoyé par SMS aux jeunes à Sydney. Jeune ami, Dieu et son peuple attendent beaucoup de toi ! Dieu et son peuple ne s’adressent pas à une collectivité ; ils ne s’adressent pas à un groupe derrière lequel tu peux te cacher pour te soustraire à ta responsabilité. Dieu s’adresse à toi, personnellement, à moi, à chacun de nous en particulier. Et il attend que nous lui donnions chacun une réponse personnelle. Le grand Rabbin Mordechai a décrit ce lien intime et personnel avec Dieu de la manière suivante. « À la fin de ma vie, dit-il, Dieu ne me demandera pas : “Pourquoi n’es-tu pas devenu Moïse, ou Abraham, ou Lévi ou Melchisédech ?“ Il me demandera : “Pourquoi n’es-tu pas devenu Mordechai ?“ » Dieu ne me demandera pas : « Pourquoi n’es-tu pas devenu Jean-Paul ou Benoît ou Henri ou Nestor ? » Il me demandera : « Pourquoi n’es-tu pas devenu Norbert ? » Qu’est-ce que je vais lui répondre ? Qu’est-ce que vous allez lui répondre ? Notre réponse dépendra beaucoup de la façon dont nous aurons vécu notre vie terrestre, de la façon dont l’aurons orientée vers la vie nouvelle, vers la vie éternelle. Les textes bibliques de ce jour évoquent cette vérité. Si nous croyons aux paroles que saint Luc rapporte dans l’Évangile de ce jour, il est simple de comprendre ce que Dieu attend de nous. Regardons simplement ce que font les disciples et les femmes ? « Ils accompagnaient Jésus qui passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu… et ils l’aidaient de leurs ressources », nous dit l’Évangile (Lc 8,1.3). C’est quelque chose de tout simple, de quotidien. Bien sûr, saint Luc nous parle là de l’aide matérielle que les disciples, hommes et femmes, ont apportée à Jésus. Mais, est-ce que cela suffit pour répondre à l’attente de Dieu et de son peuple envers nous ? Je ne le pense pas, surtout parce que, en tant qu’êtres humains, nous portons en nous « le don suprême du Père : l’Esprit de Jésus ». Puisque nous portons en nous l’Esprit de Jésus, pouvons-nous nous contenter de donner une réponse purement matérielle, purement terrestre, négligeant le don de l’Esprit que nous avons reçu et le fait que nous avons été créés en vue de la résurrection et de la vie éternelle dans le Christ. « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement », écrit saint Paul, « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Co 15,19) Jésus-Christ est ressuscité. Notre espérance ne doit donc pas se limiter à notre vie terrestre, à nos ressources d’ici-bas. Notre espérance doit s’étendre à l’autre vie, à ce que nous sommes ! Nous sommes appelés à accompagner et à soutenir Jésus avec nos aptitudes et avec nos talents, avec tout ce que nous sommes. Telle est notre vocation d’hommes et de femmes ayant reçu « le don suprême du Père ». Que signifie concrètement pour nous : « Accompagner et soutenir Jésus » ? Cela signifie que nous sommes appelés à l’accompagner sur SON chemin – dans son incarnation, dans sa souffrance et dans sa mort – PARCE QUE le Christ s’est levé d’entre les morts. La totalité de notre personne est concernée : notre corps, notre âme et notre esprit. Dieu n’attend pas de nous quelque chose de statique. En nous donnant « l’Esprit de Jésus », Dieu nous a tout donné. Accueillons-nous ce cadeau ? Permettez-moi de prendre un exemple tiré de la vie moderne. Vous connaissez tous les « détecteurs de mouvements ». Ils réagissent au moindre mouvement, même s’il fait nuit noire. Les lampes sont bien là. Le courant électrique est installé Tout fonctionne à merveille. Pourtant, la lumière ne s’allume que si quelqu’un pénètre dans le champ du détecteur de mouvement. N’en est-il pas de même avec la lumière de la grâce de Dieu ? Tout est là. En nous donnant son Fils, Dieu nous a tout donné. Il attend avec impatience que nous « utilisions » son Esprit, l’Esprit de Jésus. Il attend avec impatience que nous fassions un pas dans sa direction, même si ce n’est qu’un petit pas, un premier pas. Si nous faisons ce premier pas, alors la lumière de sa grâce commencera à briller aussi sombre que puisse être notre vie. Nous trouvons tout au long de la Bible des hommes et des femmes dont il est dit qu’ils « s’approchaient de Jésus ». Et il les a guéris. Même ses disciples n’ont vraiment reconnu Jésus, qui était pourtant parmi eux, qu’au moment où ils se sont rapprochés de lui. Le jeune homme riche aussi « s’approcha de Jésus » en lui posant la question : « Que dois-je faire ? » Il avait déjà beaucoup donné à Dieu. Il lui avait presque tout donné. Mais cela ne suffit pas. Son cœur était encore trop attaché à ses biens terrestres. Il n’arrive pas à donner à Jésus tout ce qu’il est, à se donner totalement à lui. Beaucoup d’hommes et de femmes, jeunes ou âgés, ont beaucoup donné à Jésus. Presque tout. Mais « presque tout est beaucoup trop peu » écrivait dernièrement un confrère. Dans notre vie, dans ma vie aussi, il y a des « richesses » que nous ne voulons pas donner. Parce que je tiens à ces richesses, je ne peux pas me donner totalement à Dieu. Les mots du Pape dans son SMS aux jeunes de Sydney s’adressent donc aussi à moi. Moi aussi, je porte en moi « le don suprême du Père : l’Esprit de Jésus ». Pourquoi est-ce que je ne redonnerais pas tout ce que j’ai reçu en cadeau ? « Presque tout est beaucoup trop peu ». Je suis encore et toujours sur le chemin du don total à Jésus pour l’accompagner partout et le soutenir, non pas seulement avec mes avoirs mais aussi avec tout ce que je suis, avec tout mon « être ». Un jour, je l’espère – je prie pour cela – je parviendrai peut-être à atteindre cet idéal de très près. Et je t’invite, toi jeune chrétien à parcourir également ce chemin et à le parcourir en compagnie de Jésus. Et cela, quel que soit l’endroit où tu te trouves. Amen. |